Par Dr AFIFI Salma
FLDM
USMBA FÈS
” Ils ne veulent plus apprendre ! “
Qui, d’entre nous, n’a pas entendu un jour ou un autre cette litanie que ressassent bon nombre d’ enseignants en se plaignant du niveau “pitoyable” de leurs élèves ou de leur soit disant refus d’apprendre ?
On en entend beaucoup et quasiment toujours.
Les élèves n’ont- ils vraiment alors plus envie d’apprendre ? Tant mieux ! Ce n’est pas de leur faute !
En effet, ces propos accusateurs imputant aux élèves la responsabilité de leur refus d’apprendre révèlent plutôt l’incomprehension sinon une malcomprehension de certains enseignants de leur métier ! Que les élèves n’aient pas envie d’apprendre , ça va de soi ! Et cela n’a rien, à priori, d’étrange ni du malheureux !
Rappelons bien que l’être humain est par définition hostil à tout apprentissage dans la mesure où apprendre requiert par définition d’énormes efforts et un travail perpétuel sur soi. Des efforts psychologiques et physiques qui sont à l’œuvre, dans un temps bien déterminé, afin que l’individu- apprenant arrive finalement à s’approprier certains savoir et savoir – faire nécessaires à sa réussite sociale ou personnelle.
Ainsi défini, l’apprentissage, dans tout ce qu’il implique de souffrance, ne fait toujours le bon plaisir des élèves en ce qu’il les contraint à la discipline et réduit leur liberté. De ce fait, un enfant, un adolescent…est davantage attiré par le jeu, les avantures, le bruit du dehors …que par l’école qui lui impose un mode de vie stricte, rigide, voire parfois liberticide.
Cette discipline et ce contrôle qu’impose donc le système scolaire risque de dégoûter l’enfant ou l’adolescent de tout apprentissage ce qui est d’ailleurs le cas dans la plupart du temps.
Que l’enfant n’ait donc pas à priori envie d’apprendre, pour toutes ces raisons, est une chose bien évidente. Mais cela pose en l’occurrence la grande et la fameuse question de la motivation !
En effet, ce qui pousse certains enseignants à culpabiliser et imputer ( consciemment ou inconsciemnet ) aux élèves la responsabilité de leur échec et de leur refus d’apprendre, c’est bien, me semble-t-il, leur fausse compréhension et interprétation de la notion de motivation.
Il est à rappeler à cet égard que beaucoup d’enseignants tiennent la motivation pour ” un préalable pédagogique.” Autrement dit, ils pensent que l’élève doit arriver en classe motivé pour apprendre afin qu’ils puissent effectuer par la suite leur tâche d’enseignant ! Cette tendance pédagogique dominante a plus de chance de réduire, dès le départ, à l’échec aussi bien l’élève que l’enseignant dans le sens où elle attend et demande à l’apprenant quelque chose qu’il n’a pas : La motivation !
Or, comme le dit bien Philipe Mérieu, la motivation ne constitue pas à proprement parler ” un préalable pédagogique ” mais plutôt ” un objectif pédagogique “. C’est à dire
C’est à l’enseignant qu’echoit le rôle de déclencher la motivation et le désir d’apprendre chez l’élève à travers des mécanismes pédagogiques propres à cette fin.
Il ne s’agit donc pas pour l’enseignant d’attendre à ce que l’élève soit motivé pour faire son devoir d’enseignant, mais c’est plutôt l’enseignement qui doit susciter la motivation de l’apprenant et non l’inverse. Ainsi la métaphore du ” cheval ” utilisée par Rousseau dan son Émile est très révélatrice à cet égard. Le philosophe, en parlant du désir d’apprendre chez l’enfant, pose la question suivante : Doit-on forcer un cheval qui n’a pas soif à boire , ou attendre qu’il ait soit pour le faire boire, ou plutôt faire en sorte , en lui servant du sel, que le cheval ait soif ?
Rousseau rejette , en matière de l’éducation, les deux premières propositions. Forcer un enfant à apprendre ne fera ,d’après lui, que renforcer son refus et sa haine d’apprendre, attendre qu’il ait envie d’apprendre n’est jamais aussi un fait sûr, la motivation risque de ne venir au bon moment où ne viendra jamais tout court, reste alors la dernière technique que le philosophe approuve à savoir faire en sorte que l’élève ait envie d’apprendre …et c’est là tout l’enjeu de l’enseignement et la responsabilité ultime de l’enseignant !
La fameuse ritournelle des enseignants ” ils ne veulent pas apprendre ” traduit en réalité ” nous ne voulons pas enseigner ou du moins nous savons pas comment enseigner !”
Ainsi au lieu de se remettre en question et de réfléchir sur de nouvelles pédagogies propres à motiver les apprenants pour l’apprentissage, certains enseignants ne trouvent rien de mieux que ce discours culpabilisant et accusateur qu’ils entretiennent avec qui veulent les entendre pour occulter leur échec et se dédouaner ainsi de leur responsabilité !





