Khalid el jazouli: Quelle gouvernance pour le secteur de la culture au Maroc
Le développement du secteur de la culture au Maroc constitue un enjeu essentiel pour son identité et pour la diversité culturelle dans le monde. En effet les branches culturelles contribuent et peuvent contribuer à l’expansion de l’économie du pays si les conditions structurelles de leur développement sont créées par les politiques publiques appropriées.
Le Maroc à certes élaboré des politiques sectorielles concernant le cinéma, la télévision…, mais il ne dispose pas d’une stratégie et d’une politique de la culture articulées à celles de l’emploi, de la formation professionnelle, du commerce, de l’éducation et de l’économie.
Ainsi, l’absence de stratégies et de politiques culturelles due à la méconnaissance de l’impact des industries culturelles, prive le Maroc d’opportunités d’actions pour le développement de sa culture et de son économie.
Il n’en demeure pas moins que l’enjeu essentiel est de créer les conditions de l’épanouissement culturel et du développement humain. Dans ce sens, la revitalisation de son très riche patrimoine culturelle pour nourrir et dialoguer avec ses créations contemporaines dynamiserait la confiance en leur créativité. C’est la condition indispensable pour éviter d’être condamnés à consommer les images, les écrits, les musiques… des autres.
La réalisation de cet enjeu dépendra de la capacité de tous les acteurs du développement culturel (État, secteur privé et associations…) à conjoindre leurs efforts. De la même manière, le développement de la culture dépendra de l’intérêt que lui accorderont les dirigeants. La culture en tant qu’objet de commerce et facteur du rayonnement d’un pays nécessite une alliance et une concertation des acteurs du développement.
Ainsi, les tendances récentes en matière de la culture ont confirmé l’idée selon laquelle l’étude de la gouvernance culturelle peut fournir les mécanismes institutionnels nécessaire à l’amélioration de la performance publique dans le domaine de la culture par le biais d’une analyse globale, objective et critique de politique gouvernementale.
La gouvernance de la culture est un concept difficile à définir, car il dépend de notions culturelles et éthiques qui peuvent être différentes d’un pays à un autre, ou d’une culture à une autre. On peut néanmoins le circonscrire aux principes du droit international issu de la Charte universelle des droits de l’homme. La notion de gouvernance de la culture ouvre aussi les débats sur la définition de la société et sur ses variantes d’origine culturelle. Par ailleurs, sa conception peut varier selon la fonction qu’on lui attribue: elle peut être considérée comme un préalable à un développement culturel juste et harmonieux ou bien une conséquence des politiques et actions de développement culturel.
La gouvernance culturelle, est un enjeu politique essentiel pour un développement humain mondial, La gouvernance de la culture est le but prioritaire, supérieur à toutes mesures individuelles, d’un processus de création-invention au niveau du mécanisme de la pensée et de l’imagination, en vue d’atteindre le développement humain.
La gouvernance culturelle se définit comme la manière dont les autorités en exercice gèrent les impressions sensorielles qui exprime la sensibilité du citoyen et communique un sens des valeurs qui peut changer la vie de la population d'un pays, d’une communauté ou d’une institution en faveur de son développement humain, à travers un ensemble de principes:
– le respect du droit et des droits humains;
– la transparence et l’efficacité de la gestion des affaires;
– la lutte contre la corruption;
-la promotion de la démocratie et le développement participatif et durable.
En effet, le système de gouvernance d'un secteur vaste que celui de la culture marocaine, se heurte à de nombreux problèmes:
– I1 faut tout d’abord en empêcher la disparition, l’altération ou la transformation. Le Maroc possède, en effet, de très nombreux monuments historiques et des vestiges archéologiques qui témoignent des richesses historiques dont il abonde et dont l’humanité entière peut s’enorgueillir.
– I1 faut y ajouter un artisanat traditionnel et séculaire qui, malheureusement, depuis que la machine l’a supplanté dans de nombreux domaines, menace de disparaître ou de s’éteindre lentement. I1 est, certes, impératif que nous nous insérions dans la civilisation mécanique si nous voulons suivre la marche du progrès, mais il n’en est pas moins de notre devoir de défendre cet artisanat, avec son originalité et sa spécificité. En matière de danses folkloriques, de musique et de manuscrits rares, le Maroc possède de véritables trésors, qui forment un ensemble important et varié. Nous nous devons d’enrichir et de mettre en valeur ce patrimoine à la lumière des expériences des autres nations et d’en montrer l’originalité profonde, ce qui nécessite d’importants moyens matériels et humains.
– I1 faut en outre, grâce à l’assistance technique d’Etats frères ou amis, ainsi que des organisations internationales, et en premier lieu de l’Unesco, former des cadres marocains qualifiés et spécialisés dans tous les secteurs de la musique, des arts plastiques, de la danse et du chant, protéger les monuments historiques, entreprendre des fouilles et rechercher les vestiges archéologiques, sauvegarder les manuscrits et promouvoir l’artisanat traditionnel, etc.
– I1 faut enfin développer et mettre en valeur ce patrimoine par de nouvelles formes d’activités culturelles, où le génie marocain pourra s’exprimer, et I'enrichir par des échanges culturelles avec tous les autres pays et nations, notamment les États arabes et musulmans, les Etats méditerranéens et les nations africaines, ce qui constitue la base de la gouvernance culturelle.
Ainsi, lorsqu’ils choisiront de se préoccuper de la culture, les pouvoirs publics pourront retenir comme critère les sept grands objectifs que peut s’assigner une politique culturelle moderne:
1-Elargir l’accès à la culture, démocratiser, décentraliser, stimuler la vie culturelle de la population;
2- Améliorer la qualité des mass media et développer les medias de communauté et les medias individuels;
3-Promouvoir une création pluraliste, favoriser un meilleur emploi des talents et élever le niveau de vie des artistes et des professionnels de la culture;
4-Moderniser les institutions classiques de diffusion de la culture;
5-Renforcer le potentiel de production culturelle nationale;
6-Assurer le rayonnement extérieur du pays et protéger son indépendance culturelle;
7- Passer dans la gestion de la culture au management entrepreneurial.
Pour atteindre ces grands objectifs dans le domaine de la culture, les pouvoirs publics disposent de cinq catégories de moyens:
– Aides directes: elles concernent essentiellement les subventions ou achats de biens et de services financés par le budget général, ces aides doivent être réduites au minimum, car les fatalités bureaucratiques et centralisatrices des mécanismes de l’Etat sont nocives pour la création;
– Aides indirectes: mesures fiscales et parafiscales, qui varient beaucoup d’un pays a l’autre ;on rencontre des dégrèvements spéciaux, un taux abaisse de la TVA, des exonérations pures et simples, mais on trouve aussi des systèmes plus sophistiques de taxes spécifiques ou additionnelles, perçues a l’occasion d’un dégrèvement, mais dont les revenus retournent à la branche industrielle sous la forme d’un fonds de soutien spécial, hors budget, ces aides indirectes doivent être préférées, car elles poussent à décentraliser les décisions, à multiplier les instances de jugement;
– Mesures réglementaires: (cahiers des charges, contrats de programme …). elles obligent certaines branches à respecter des règles de service public, comme par exemple le pourcentage de films étrangers à ne pas dépasser à la télévision, le nombre de canaux réservés à la télévision locale, etc;
– Conventions internationales: notamment dans le domaine des droits des auteurs et des artistes;
– Autres mesures d’incitation: par exemple, festivals, prix, loteries, etc.
Khalid el Jazouli: chercheur en management
Université Mohamed V Rabat








